Connaissance des Arts

La folie douce de Jonathan Meese au Carré Sainte-Anne à Montpellier


Ancienne église néo-gothique déconsacrée depuis la fin des années 1980, le Carré Sainte-Anne, situé au cœur de Montpellier, invite les artistes à créer des œuvres spécifiquement pour le lieu. Ils doivent tenir compte de ses dimensions monumentales et de sa charge spirituelle. Jusqu’au 30 avril, sous le commissariat d’exposition et la direction artistique de Numa Hambursin, l’artiste allemand Jonathan Meese (né en 1970 à Tokyo) présente une série de peintures sur toile et des installations gigantesques réalisées directement sur les cimaises de l’ancienne église. Lorsqu’on pénètre dans la grande nef, on est instantanément surpris et impressionné par l’immensité et la complexité des installations. La circulation est quasiment labyrinthique et disparate car le moindre espace, du sol jusqu’au plafond, est investi par une accumulation d’objets faisant écho à la grande verticalité de la structure même de l’ancienne église. Ces grands « assemblages » prennent l’apparence de cabinets de curiosité à grande échelle illustrant les coulisses de la pensée obsessionnelle de l’artiste pour les symboles et imageries issues de la culture populaire. Collectionneur impulsif dans la vie, l’artiste nous le prouve en disposant de manière éparse divers jouets pour enfants, collages, toiles grands formats ou une multitude de photographies de Scarlett Johansson que l’artiste considère comme la Joconde du XXIe siècle. On observe également des affiches et des DVD d’Orange Mécanique de Stanley Kubrick, ou encore d’Excalibur et de Zardoz de John Boorman, mais aussi des références à l’œuvre mythique de la légende arthurienne ainsi qu’à celle du Marquis de Sade. Des écritures extraites des épopées littéraires, légendaires et des mythologies populaires sont ainsi omniprésentes dans ses installations. Revendiquant son admiration pour tous ces auteurs et toutes ces œuvres, qui expliquent dans le même temps le titre de l’exposition, Jonathan Meese s’en inspire largement dans sa propre expression artistique. Dans les vidéos présentes dans ces installations, l’artiste n’hésite pas à se travestir en une multitude de personnages, rappelant que sa pratique artistique s’étend jusqu’à la réalisation des décors et costumes pour le théâtre et à la mise en scène d’opéras. Cet attrait pour la représentation théâtrale peut également expliquer sa façon de concevoir ses installations. Il endosse alors son rôle de metteur en scène en fabriquant des scènes de théâtre burlesques et exubérantes flirtant avec la performance.

La lecture plastique et symbolique peut sembler confuse en apparence. Cependant, si l’on décortique toute l’iconographie et la disposition des différents objets émanant de ces installations, on comprend que Jonathan Meese ne répond qu’à une seule directive : le jeu. Le jeu peut évoquer la spontanéité. L’artiste nous confie que s’il avait assemblé ses installations deux semaines avant, tout serait totalement différent. Sa pratique repose sur une impulsivité imprévisible car le commissaire d’exposition Numa Hambursin lui a octroyé une liberté totale quant à la scénographie de ses installations. Par ailleurs, le jeu est également indissociable de la notion d’enfance. Pour Jonathan Meese, l’art doit être conçu comme un jeu d’enfant car « l’art est la seule chose que l’enfant sache faire, il n’a pas d’idéologie, ni ne répond à un concept. Les enfants sont ni de droite, ni de gauche et se projettent toujours vers l’avenir. ». Cette volonté de liberté absolue s’exprime par un art non politisé, par l’humour et par son refus de la nostalgie. Revendiquant son projet d’œuvre d’art totale, l’artiste suit une logique de « désapprentissage » des anciens concepts qui risquent de brider sa démarche artistique. À ce titre, Jonathan Meese conseille aux élèves des écoles d’art de ne pas se prendre au sérieux en se libérant des théories préconçues pour porter sur le monde un regard neuf : « À se faire manipuler, on perd une partie de l’enfance en nous. C’est plus valorisant d’être tourné vers le futur, qui a valeur de postérité pour les générations futures qui feront de l’art aussi. » À la phrase célèbre de Victor Hugo qui déclarait que « la mélancolie, c’est le bonheur d’être triste », Jonathan Meese répond en affirmant que l’homme, et, en l’occurrence, l’art doivent se dégager du passé et se tourner vers l’avenir. Aux yeux de l’artiste, c’est cette projection vers l’avenir qui conduit l’homme vers le bonheur. Le futur fait donc partie du répertoire iconographique de l’artiste notamment à travers l’imagerie de la science-fiction. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas voir ses installations comme l’illustration de la réalité, mais plutôt comme un chemin sinueux de formes et d’idées où la pop culture, l’amour, l’humour, le destin, le sublime se côtoient dans ces accumulations.

Pour découvrir ou redécouvrir les œuvres de Jonathan Meese, il faut se rendre dans des institutions publiques de renom telles que : la Sammlung Falckenberg à Hambourg, le Centre Pompidou à Paris, la Dela Cruz Collection à Miami, l’Art Gallery of Ontario à Toronto, le Louisiana Museum à Humlebaek, ou encore le Musée d’art moderne et contemporain à Strasbourg. L’artiste est également représenté par la galerie Daniel Templon à Paris.

 

 

Cet article La folie douce de Jonathan Meese au Carré Sainte-Anne à Montpellier est apparu en premier sur Connaissance des Arts.



Lire l'article Suite de l'article




Les derniers articles de Connaissance des Arts

Les derniers articles de Connaissance des Arts

Articles




nous vous conseillons
Brèves
• • •

recherche


 

Nouveautés

Consultez le profil de DessinOriginal sur Pinterest.

Votre actualité

Méditations - Ephémères peintures de Frédéric Barrau

Cette exposition présente des œuvres abstraites comme (...)

Exposition Peinture-Sculpture

L’abbaye de Bonport organise cette année encore (...)

Tapisserie ? De Picasso à Messager

Du 23 mai jusqu’au 31 octobre, le musée (...)

COSKUN Peinture et sculpture

Du samedi 1er au dimanche 30 août 2015, la galerie (...)

God save the street art and… the Queen

Vernissage le jeudi 9 juillet 2015 à partir de 18h00 (...)

Exposition EXTRAITS "Photographie et céramique"

EXTRAITS François RASTOLL - Photographe et Laure (...)

La Galerie Moutt’Art invite Lucie Ludwiczak

Jean Tirilly , artiste singulier de renommée (...)

MIGRANTS : une exposition BD pour dénoncer leur précarité

Le COMEDE s’est donné pour mission de soigner les (...)

Andrée de Frémont expose au Domaine de Rocheville

Plaisir des papilles, plaisir des pupilles ! Cet été, (...)

Sineangulo

Artistes exposés : Salima Abdel-Wahab, Aziz Amrani, (...)

Ateliers Ouverts des Beaux-Arts de Paris

Mercredi 17 juin de 18h à 23h Jeudi 18 et vendredi 19 (...)

PHILIPPE BERRY A L’ORANGERIE DU SENAT

Le Sénat et Art-Z présentent l’exposition de (...)

BRADERIE DE CRÉATEURS & FÊTE DE LA MUSIQUE DU 17 AU 24 JUIN PAR J’VEUX DU SOLEIL

Au 30 rue Montcalm (75018 PARIS), de 11h00 à 21h00, (...)

L’Eau, 57e exposition estivale de tapisseries de Felletin

Chaque été la Cité internationale de la tapisserie est (...)

Exposition Arnaud Gautron, Atelier Blanc à Lannion

Arnaud Gautron a choisi la peinture pour interroger la (...)

Annoncer sur ArtActu

Archives de vos actualités

archives


Vous pouvez afficher les publications de ArtActu.com sur votre site.

RSS ArtActu