Expositions en régions
Peinture et société au temps des impressionnistes
BORDEAUX. Musée des beaux-arts du 6 décembre 2007 au 6 avril 2008
Publié le mercredi 16 janvier 2008
Le musée des beaux-arts de Bordeaux revient sur cette période importante que fut la IIIe République dans l’histoire de la diffusion et de la réception artistiques notamment au travers des Salons artistiques.
L’exposition met l’accent sur les oeuvres des deux artistes Alfred Roll et Alfred Smith et de leurs contemporains et entend ainsi mettre en évidence l’importance des échanges artistiques entre Paris et le grand Sud-Ouest, à la faveur des salons, des rencontres, des villégiatures et des amitiés artistiques. La rétrospective rassemble près de trois cents oeuvres, provenant des collections françaises et de grandes institutions étrangères.

- Alfred Sisley (1839-1899)
- En hiver, effet de neige. 1876, huile sur toile, Lille, Palais des beaux-arts (C) Photo RMN / © René-Gabriel Ojéda
L’exposition met en relief l’attrait de la modernité liée à l’époque qui s’accompagne de réticences face à l’excès de nouveauté. Ainsi, Smith et Roll se dégagent de la peinture académique tout en pondérant les audaces de l’impressionnisme. Ce choix esthétique d’une troisième voie correspondait, à Bordeaux, au goût des amateurs locaux. Après avoir ravivé leur palette et adopté une nouvelle liberté de facture, ces artistes affirment leur originalité dans le contexte artistique national et provincial. L’exposition réunit des oeuvres représentatives de la carrière des deux artistes, mises en relation avec des peintures, dessins et sculptures de leurs contemporains tels que Manet, Sisley, Gervex, Lewis Brown, Jongkind, Louise Abbéma, Debat-Ponsan, Jacques Blanche ou Jean Béraud, etc.
Nul ne sait ce qui a poussé le commis d’agent de change, Alfred Smith, à se tourner vers une carrière artistique. Il commence à exposer à Bordeaux l’année de la troisième exposition impressionniste, en 1877. La rigueur et la sobriété étaient à Bordeaux la marque du bon goût, aussi ne fallait-il pas s’aventurer vers des tentatives non-conformistes, risquant de malmener le beau métier qui prolongeait l’héritage du passé. Pour ces raisons, la peinture exposée au Salon durant le dernier tiers du XIXe siècle apparaît comme l’expression d’un goût bourgeois. Comme de très nombreux peintres, Alfred Smith arriva dans le monde artistique parisien par des canaux provinciaux. Gravissant progressivement toutes les étapes qui lui permirent d’asseoir sa réputation, il sut mener une double activité, à Bordeaux et à Paris. Entre facture naturaliste et démarche impressionniste, la peinture d’Alfred Smith reste inclassable : il est en dehors des mouvements mais indéniablement influencé par les courants artistiques de son époque. Pourtant, ces influences n’ont d’effets sur sa pratique artistique qu’avec plusieurs années de décalage, " Smith n’est pas un novateur, c’est un expérimentateur de la modernité à laquelle il n’a pas contribué."
Roll de son côté n’a pas suivi un parcours académique et n’appartient pas au cénacle des artistes mondains et pourtant « Roll devint, sans l’avoir cherché, quelque chose comme le peintre officiel de la Troisième République […] ». Il fait partie de ceux qui ont oeuvré pour que Manet ait enfin sa deuxième médaille au Salon de 1881, afin qu’il soit libéré de la tutelle du jury. Dès 1881, il entre au jury du Salon et y restera jusqu’à la sécession de la Société nationale des beaux-arts. Une sécession dont il est l’un des protagonistes. Le début de la carrière artistique de Roll est brillante et fulgurante : il obtient la reconnaissance de la critique, le soutien de ses pairs, les décorations et l’Etat achète et commande ses oeuvres. Mais quelle qu’ait été son étiquette, sa postérité est bien ingrate, après sa disparition, Roll est tombé dans l’oubli. Déjà au tournant du siècle, il incarnait la grande figure un peu dépassée.

- Alfred Smith (1854-1936)
- Les quais de Bordeaux, le matin.1896, huile sur toile © Venise, Museo d’arte moderna Ca’Pesaro
"Le Parisien Alfred Roll (1846-1919) et le Bordelais Alfred Smith (1854-1936) partagent, outre la réciprocité de l’estime et de l’amitié, des préoccupations artistiques qui les rapprochent. Ils empruntent ensemble une voie du naturalisme souvent mal définie, sinon mal explorée. Ils ont incarné, à différents degrés, une image de la peinture claire, vigoureuse et originale qui sera de nature à donner une représentation moderne de la société. Sensibles au courant du réalisme social, ils mettent en scène des sujets contemporains. Le labeur rustique, les chantiers urbains, l’animation citadine, en un mot les images de la vie moderne leur fournissent ainsi des sujets de prédilection. Les loisirs, l’intimité familiale, ou l’expression des valeurs républicaines trouvent également place dans ce registre. Les signes d’appartenance à une catégorie sociale ou professionnelle déterminée l’emportent alors sur les singularités individuelles. Leur participation remarquée aux grandes expositions nationales, comme aux salons de la Société des amis des arts de Bordeaux ou aux salons parisiens de la Société nationale des beaux-arts, et internationales, notamment celles de Venise, a élargi le cercle de leur clientèle, renforcé leur notoriété et favorisé la reconnaissance institutionnelle dont ils bénéficient chacun."
Peinture et société au temps des impressionnistes (du 6 décembre 2007 au 6 avril 2008) : attention deux sites d’exposition à Bordeaux : Galerie et Musée des Beaux-Arts . Galerie des Beaux-Arts, Place du Colonel Raynal - 33000 Bordeaux. Musée des Beaux-Arts, Salles René Domergue, 20 cours d’Albret - 33000 Bordeaux. Tous les jours de 11h00 à 18h00 sauf mardi et jours fériés. Visite commentée le samedi à 16h00.
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