Expositions à Paris
Le chant du monde ou l’art de l’Iran safavide (1501-1736) présenté au Louvre
Paris, musée du Louvre (5 octobre 2007 - 7 janvier 2008)
Publié le vendredi 30 novembre 2007
L’art de l’Iran ne peut être compris que dans le contexte de sa culture et surtout à travers le prisme de ses écrits. La littérature persane apparait alors comme le miroir de l’art. Le lien intime qui unit les arts visuels au verbe écrit, cet art métaphorique, permet de traiter le thème ultime, celui de la grandeur du monde, création divine.
Ce rapport, aussi net en peinture que dans l’art de l’objet dont les motifs traduisent des métaphores littéraires, s’est accentué à l’époque safavide (1501-1736).

- Combat de Rostam et du dragon
- Ispahan, 1648. Extrait du Sha-Name de Ferdows. Windsor, The Royal Collection Trust, Windsor Castle
"Pour l’Iran, le monde que l’Occident appelle "réel" n’est que la métaphore de la réalité supérieure du monde spirituel. Son art ne décrit donc jamais ce monde matériel. Il transcrit visuellement des métaphores dont l’énoncé en clair est livré par la littérature qu’il suffit de fréquenter pour en saisir le sens." A. S. Melikian-Chirvani, extrait du catalogue de l’exposition.
Conçue comme une anthologie d’œuvres d’art dont plusieurs sont inédites, cette exposition et le livre qui l’accompagne traitent pour la première fois de cet aspect fondamental d’un art conceptuel, dominé par les symboles. L’art de l’Iran, souvent incompris, peut donner l’illusion d’être voué au décor. Tous les détails en sont, au contraire, chargés de sens, dont la littérature persane donne la clé.
Ce répertoire des métaphores littéraires est le dictionnaire qui permet de lire à livre ouvert la peinture et les objets qui chantent la beauté du monde. Il permet un éclairage entièrement nouveau sur ces œuvres.
C’est en 2006, que le musée du Louvre confia la mission à Assadullah Souren Melikian-Chirvani, historien de la culture du monde iranien, de rassembler les œuvres d’art de l’Iran safavide et de donner les clés qui permettent de comprendre le sens de ces peintures et de ces objets.

- Shah Tahmasp, Zal à cheval lève les yeux vers l’aire du Simorgh
- Tabriz, 1524-1539, aquarelle opaque, or et encre sur papier, Washington, Arthur Sackler Gallery (© Smithsonian, Feer Gallery of Art and Arthur M. Sackler Gallery).
Celui-ci disposa de six mois pour s’acquitter de sa tâche. Aujourd’hui, l’exposition présente près de 200 pièces issues de collections nationales et privées. Des prêts exceptionnels consentis par les musées de Téhéran, le musée d’Ispahan, le British Museum et le Victoria and Albert Museum de Londres, le Brooklyn Museum et le Metropolitan Museum of Art de New York, les institutions russes et suédoises, la collection Al-Sabah du Koweit et la collection AgaKhan, ont permis de mener à bien cette recherche.
"L’esthétique de la peinture comme de la poésie obéit à des règles qui ne sont pas celles d’un art figuratif ou d’une littérature descriptive [...]. L’équilibre des couleurs, le rythme des lignes, le contrepoint établi avec les images mentales du texte, sont ici les critères essentiels. Ceux qui contemplaient ces peintures ne les voyaient pas dans l’isolement, mais dans la succession des pages qu’ils tournaient, l’esprit empli des vers qu’ils lisaient." A. S. Melikian-Chirvani, extrait du catalogue de l’exposition.
Lorsque les marchands et les collectionneurs ont dépecé les manuscrits les plus importants parvenus en Occident, ils ont provoqué des pertes irréparables pour l’histoire de la culture.

- Manteau en velour de soie façonné
- Ispahan, vers 1620-1630. Stockholm, Livrustkammaren (collection Armurerie royales)
"Quand un Shah-Name ("Livre des Rois") du XIVe siècle est arrivé à Paris aux environs de 1900, les pages peintes en ont été vendues au détail et le manuscrit perdu (ou jeté ?) par le marchand Georges Demotte. Plus récemment, le plus beau livre jamais issu de l’atelier royal safavide, le grand Shah-Name de Shah Tahmasp (1524-1576) demeuré intact jusqu’à ce qu’il quitte la collection du Baron Edmond de Rothschild au milieu du XXe siècle a été démembré peu après son acquisition par un bibliophile américain, Arthur M. Houghton, Jr., devenu plus tard Président du Metropolitan Museum of Art. Peut-être la mutilation de ce monument de la culture mondiale n’aurait-elle pas été aussi allègrement perpétrée si le propriétaire et les orientalistes avaient eu connaissance des liens multiples, aussi bien matériels que conceptuels, qui unissent les peintures de manuscrit du XVIe siècle aux volumes dont elles ornent les pages. Dans toute peinture issue de l’atelier royal à cette époque, les proportions de l’image sont calculées selon des nombres harmoniques. L’unité modulaire de mesure est établie à partir de la diagonale du carré qui tient lieu de point aux lettres de l’alphabet qui en comportent, comme Chahryar Adle l’a démontré en 1976. La forme du cadre aux contours parfois irréguliers est fonction de l’ordonnance des colonnes de texte sur la page qui lui fait face. La mise en page, pour reprendre l’expression des graphistes contemporains, est toujours ordonnée par doubles pages. Séparer l’une de l’autre revient à détruire un équilibre fondamental, comme si l’on retirait le contrepoint d’une fugue de Jean-Sébastien Bach." A. S. Melikian-Chirvani, extrait du catalogue de l’exposition.
Si l’art métaphorique du livre est peu compris, celui de l’objet ne l’est aucunement et pourtant, il est tout aussi étroit. L’exposition explore également pour la première fois la symbolique des bronzes et de la céramique, et son rôle dans les cérémonies qu’il s’agisse des grandes réceptions royales ou des réunions restreintes à quelques convives.
Commissariat d’exposition : Assadulah Souren Melikian-Chirvani, directeur de recherche au CNRS (émérite) est historien de la culture iranienne. Il a passé les trente-quatre années de sa carrière de chercheur à se pencher sur les rapports indissolubles qui unissent les arts visuels du monde iranien historique (Iran, Afghanistan, Azerbaïdjan, Asie centrale jusqu’à Bokhara et Samarcande) et la littérature persane. Il est auteur de livres et de nombreuses monographies sur l’art du monde iranien historique.
Paris, musée du Louvre (5 oct. 2007 - 15 janv 2008), Hall Napoléon. Ouvert tous les jours de 9h à 18h, sauf le mardi, nocturnes jusqu’à 22h les mercredi et vendredi. Exposition accessible avec le billet d’entrée aux collections permanentes. Informations : 01 40 20 53 17.
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