Expositions en France
La volupté du goût
Musée des Beaux-Arts, Tours du 11 octobre 2008 au 12 janvier 2009
Publié le mardi 11 novembre 2008
Intelligente, cultivée, excellente musicienne et une des plus jolies femmes de Paris, « la divine d’Etiolles » selon le mot de Voltaire, sut conquérir Louis XV sous le regard étonné d’une cour contrainte de s’accommoder d’une favorite royale roturière qui affirmait avoir eu pour seule ambition dès son plus jeune âge de devenir la maîtresse du Roi…

- Portrait de Madame de Pompadour, 1763
- François-Hubert Drouais Musée des Beaux-Arts d’Orléans © Orléans, Musée des Beaux-Arts Huile sur toile 64 x 53 cm.
Ouverte aux idées nouvelles et aux aspirations réformistes mais soumise à la critique des courtisans et au mépris du dauphin, la favorite royale, confortée par son frère le marquis de Marigny, nommé Directeur et ordonnateur général des Bâtiments du roi, comprit que la protection des arts lui permettrait d’exercer son influence et de distraire le souverain, encore pour peu de temps « Bien Aimé ». Alors que le destin exceptionnel de la marquise, née Jeanne-Antoinette Poisson, bouleverse les codes de la Cour, l’art s’affranchit de ses règles et hiérarchies, et modifie en profondeur la société et l’image qu’il en donne.
La peinture française de ce milieu du XVIIIe siècle, siècle des Lumières comme des plaisirs, partagée entre la nostalgie de l’héroïsme du Grand Siècle et la reconnaissance de la dignité du réel, est caractérisée par l’essor des genres qui prennent le pas sur la peinture d’histoire ou religieuse. Cette tendance à la diversité est significative d’une époque soucieuse de définir le « beau » dont la subjectivité se trouve désormais admise : les plaisirs de l’illusion tirant vers le « gracieux » pour les collections privées face au désir de vérité pour une commande publique qui privilégie la dimension morale.

- La Lingère H. Robert Williamstown
- La Lingère H. Robert Williamstown, The Sterling and Francine Clark Art Institute © Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown, Massachusetts Huile sur toile 35 x 32 cm
La pierre fondatrice de la réflexion esthétique française reste la question de l’imitation parfaite de la nature, et l’attention se porte sur la matière picturale, le beau « faire » d’artistes de génie, tels que Chardin, Vernet et Greuze. Loin d’être soumis à un hypothétique « beau idéal » et à l’autorité des Anciens, l’artiste doit restituer fidèlement le regard qu’il porte sur le monde, sans se soucier de la grandeur du sujet qui, désormais, importe moins que la manière de le traiter ; et Chardin d’affirmer : On se sert des couleurs mais on peint avec le sentiment. Une importance capitale est accordée à la qualité du travail du peintre, indépendamment de son genre de prédilection : rien de plus éloigné d’une scène de l’ordinaire peinte par Chardin qu’une scène de son ami Jeaurat ou de Greuze. Les tableaux d’Oudry, de Chardin et de Bachelier correspondent à des façons différentes de voir et d’interpréter la nature. De l’impressionnante beauté de l’antique aux couleurs chatoyantes de la vie quotidienne, les sources d’inspiration sont multiples, comme en témoignent les tableaux de Barbault, Hubert Robert ou Fragonard.
Reconnaissance des talents, multiplicité et hybridation des genres, diversité de l’art pictural… L’époque est au changement sociétal et pictural, l’un et l’autre étant intimement liés. Alors que les grandes commandes royales auprès des peintres sont particulièrement rares, chaque amateur se croit autorisé à analyser sinon à déterminer ce qu’est le goût – donc le « bon goût » – précisément parce que celui-ci n’est plus dicté par une volonté souveraine. Le goût de la Cour n’est plus le goût universel et la réputation d’homme de goût est aussi recherchée parmi ceux qui veulent se distinguer que l’était du temps de Molière celle d’homme d’esprit.
La volupté du goût revient sur un moment charnière de l’histoire de la peinture française, qui peut se lire comme le signe de l’émergence, au milieu du XVIIIe siècle, non seulement d’une discipline nouvelle, l’esthétique, mais plus encore comme l’accomplissement d’un esprit nouveau, celui des Lumières.
Commissariat : Philippe Le Leyzour, conservateur en chef ; Musée des Beaux-Arts de Tours Penelope Hunter-Stiebel, Consulting Curator ; Portland Art Museum
L’exposition La volupté du goût sera ensuite présentée au Portland Art Museum du 7 février au 17 mai 2009.
Renseignements pratiques : Musée des Beaux-Arts 18 place François-Sicard 37000 Tours Tel : +33 (0)2 47 05 68 73 musee-beauxarts@ville-tours.fr Horaires : Tous les jours, sauf le mardi, de 9h à 18h. Tarifs : Plein tarif : 4 ¤ / Tarif réduit : 2 ¤
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