Expositions à Paris

L’engagement de la Figuration narrative

Galeries nationales du Grand Palais du 16 avril au 13 juillet 2008
Publié le mardi 13 mai 2008


L’exposition réunit les œuvres d’une vingtaine d’artistes représentatifs d’un mouvement dont l’apparition fut aussi brutale qu’explosive. Egalement appelée « nouvelle figuration » ou « figuration critique », la Figuration narrative réunit des peintres européens venus vivre à Paris durant les années soixante et pratiquant une peinture qui, s’inscrivant dans la filiation du surréalisme, reprend les images quotidiennes produites par la société de consommation, la culture de masse, la presse, la publicité, la bande dessinée ou le cinéma. Leur peinture déborde d’humour et de dérision et trouve l’inspiration aussi bien au coin de la rue que dans l’actualité politique de l’époque...



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Télémaque - Banania n°3
Hervé Télémaque coll. part, France Adagp, Paris 2008 1964 Huile sur toile, 195 x 130 cm

Pourtant, la figuration narrative n’a jamais été un mouvement proclamé comme tel : elle est née de l’action du critique d’art Gérald Gassiot-Talabot et des peintres Bernard Rancillac et Hervé Télémaque qui, en juillet 1964, organisent ensemble dans les sous-sols du Musée d’art moderne de la Ville de Paris l’exposition « Mythologies quotidiennes ». Celle-ci regroupe une trentaine d’artistes parmi lesquels Arroyo, Bertholo, Bertini, Fahlström, Klasen, Monory, Rancillac, Recalcati, Saul, Télémaque, Voss et marque la prise de conscience d’une communauté de préoccupation.

Par delà son titre, qui fait allusion à l’essai de Roland Barthes, les toiles font état d’une représentation construite autour de la narration et des objets quotidiens. C’est donc au moment même où triomphe le pop art à la Biennale de Venise que l’exposition « Mythologies quotidiennes » place, comme son homologue américain, la société contemporaine et ses images au coeur des œuvres.

Avec la volonté d’établir un discours critique et politique, la Figuration narrative marque un retour au sujet en rupture avec l’art abstrait dominant ou encore le nouveau réalisme, plus constatif. Le recours à la bande dessinée est par exemple conçu comme le moyen de prendre position là où les Américains l’utilisent plutôt comme une fin en soi. De même, le roman policier constitue une importante source d’inspiration pour ces artistes en raison de la prééminence du récit, du suspens et des clichés.

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Gilles Aillaude, Eduardo Arroyo et Antonio Recalcati
Vivre et laisser mourir ou la fin tragique de Marcel Duchamp. Adagp. Paris 2008

La figuration narrative rassemble ainsi au cours des années 60 des peintres venus d’horizons esthétiques ou géographiques différents tels les premiers nommés mais aussi Adami, Erró, Fromanger, Stämpfli, la Coopérative des Malassis… Travaillant à partir de l’image photographique ou cinématographique, de l’imagerie publicitaire, de la bande dessinée ou même de la peinture classique, ils aboutissent à des œuvres qui détournent la signification première de ces représentations pour en révéler des sens inattendus, suggérer d’autres narrations, montrer leurs implications politiques.

Au cours de ces années, la figuration narrative se démarque de la neutralité sociale de l’Ecole de Paris comme du formalisme du Pop Art américain et dénonce les aliénations de la vie contemporaine. L’effervescence de la fin des années 60 favorisera l’engagement des plus militants des peintres de ce mouvement dans la vie politique et dans les événements de mai 68 à Paris.

Regroupant plus de cent peintures, objets ou films, l’exposition « Figuration narrative. Paris, 1960-1972 » est conçue comme une exploration des sources du renouveau figuratif qui marque l’histoire de l’art des années soixante à Paris. Leur rassemblement permet de saisir le climat d’apparition de ces œuvres. Suivant un parcours mettant en valeur les thématiques majeures qui ont inspiré la plupart de ces artistes, l’exposition se divise en sections distinctes : aux origines de la figuration narrative (Prémices) ; l’exposition « Mythologies quotidiennes » (1964) ; objets et bandes dessinées ; l’art du détournement ; la peinture est un roman noir ; Une figuration politique.


FIGURATION NARRATIVE Paris 1960-1972 16 avril - 13 juillet 2008 GALERIES NATIONALES DU GRAND PALAIS. Entrée Clemenceau

Une exposition coproduite par la Rmn et le Centre Pompidou.

- Commissariat : Jean-Paul Ameline, conservateur général du Patrimoine au Musée national d’art moderne, Centre Pompidou et Bénédicte Ajac, attachée de conservation au Musée national d’art moderne, Centre Pompidou.
- Scénographie : Laurence Le Bris

Le catalogue Après l’introduction de Jean-Paul Ameline, le catalogue propose une chronologie complète retraçant l’histoire du mouvement de la figuration narrative entre 1960 et 1972 : abondamment illustrée de documents d’époque souvent inédits, elle est enrichie d’une large anthologie de textes et d’articles de presse permettant de retrouver les prises de position des principaux protagonistes de cette histoire : celles des artistes mais aussi celles des critiques qui défendirent la figuration narrative (J.J. Levêque, G. Gassiot–Talabot, A. Jouffroy) comme celles de ceux qui la combattirent (P. Restany). Une série d’entretiens permet à neuf personnalités, artistes et critiques, témoins de cette histoire, de donner leur point de vue d’aujourd’hui.

Horaires
- Ouverture : tous les jours sauf le mardi.
- Horaires : de 10h à 20h nocturne le mercredi jusqu’à 22h.
- Prix d’entrée : 10 € ; TR 8€

Cette exposition sera présentée à l’IVAM, Valence (Espagne) 18 sept. 2008 – 11 janvier 2009

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