A l’étranger
Fantin-Latour : De la réalité au rêve
Lausanne, Suisse, Fondation de l’Hermitage (du 29 juin au 28 octobre 2007)
Publié le lundi 20 août 2007
Conçue par la Fondation de l’Hermitage et présentée en exclusivité à Lausanne, cette rétrospective comprend une sélection de haut niveau, abordant tous les aspects de l’art de Fantin-Latour et réunissant plus de cent trente peintures, pastels, dessins et lithographies.
Clairement indépendant, Fantin-Latour se laisse difficilement classer dans le panorama artistique de son époque. S’éloignant de la peinture réaliste du milieu du siècle, en particulier de celle de Courbet, dont il fut un temps l’élève, il aspire en définitive au même but que ses contemporains, les impressionnistes, en cherchant à créer une peinture dans laquelle l’aspect formel joue un rôle plus important que le motif. Il ne trouve cependant pas les sujets de ses compositions dans la nature, le plein air, mais préfère travailler dans l’intimité de son atelier parisien.
Connu avant tout comme peintre de nature morte, Fantin-Latour est également un excellent portraitiste. Il parvient à exprimer, d’une manière étrangement troublante, le vécu émotionnel de la société bourgeoise de l’époque : l’enfermement dans la morale et les conventions, l’indifférence affective et l’absence de communication. Sans chercher délibérément à se montrer critique envers ses contemporains, le peintre retranscrit de manière froide, sobre et objective ce qu’il voit dans la réalité et privilégie la représentation de figures statiques devant des fonds dépouillés, sans ornements ni accessoires explicatifs, qui confère un air de nature morte à ses portraits.
Fantin se contente d’observer, mais il observe avec tant d’acuité inexorable que ses tableaux peuvent aussi être lus comme des documents sur la société bourgeoise du XIXe siècle. [...] ’’On peint les gens comme des pots de fleurs’’, reconnaît un jour Fantin, ’’heureux encore si l’on dessine l’extérieur tel qu’il est, mais l’intérieur, l’intérieur ? L’âme est une musique qui se joue derrière le rideau de chair, on ne peut pas la peindre, mais on peut la faire entendre.’’ Extrait du texte d’introduction du catalogue, par Rudolph Koella, commissaire de l’exposition.
Dans ses natures mortes, Fantin-Latour s’efforce également de montrer les choses telles qu’elles sont en réalité. Il n’est ainsi pas difficile pour le spectateur de reconnaître clairement les fleurs ou les fruits représentés, d’autant plus que, comme les figures, ceux-ci apparaissent généralement devant un fond neutre.
Fantin-Latour fait sans aucun doute partie des peintres de nature morte les plus remarquables de l’histoire de l’art occidental. Ses compositions sont toujours agencées de manière à créer un intense sentiment d’harmonie. Sa maîtrise créa rice est si grande qu’il n’a pas à craindre la comparaison avec son modèle Chardin.
En marge des natures mortes et des portraits, Fantin affectionne également un troisième genre de peinture, qu’il qualifie lui-même de ’’sujets d’imagination’’. [..] A l’instar de Baudelaire, il est convaincu que l’artiste doit représenter non pas ce qu’il voit mais ce qu’il rêve. Très tôt, il commence donc à créer des compositions fantastiques dans lesquelles s’ébattent des figures nues ou drapées de costumes bigarrés, au sein de pasyasges arcadiens ou d’architectures antiquisantes. [..] Rudolph Koella.
Inspiré par Delacroix, son premier modèle, il se consacre sa vie durant, mais plus particulièrement vers la fin de ses jours, à la représentation de sujets mythologiques et religieux. Souvent inspirées par des passages musicaux tirés notamment de Wagner, ces scènes sont conçues dans un style très différent, beaucoup plus libre que les portraits et les natures mortes, rappelant Gustave Moreau. Fantin affirmait volontiers à propos de ses créations qu’il rêvait d’une peinture absolue, à l’opposé des natures mortes et des portraits, qui n’ait ’’de rapport avec rien de la vie’’. Avec ces tableaux singuliers, au symbolisme évocateur, Fantin-Latour crée une peinture vibrante, dans l’esprit de la musique.
Commissariat d’exposition : Juliane Cosandier et Rudolph Koella
Fondation de l’Hermitage, Suisse (29 juin - 28 octobre 2007), 2 route du Signal - Lausanne. Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, le jeudi jusqu’à 21h. Ouvert le lundi du Jeûne Fédéral 17 septembre 2007 de 10h à 18h.
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